« Il y en a dans le coin, c’est sûr »
Sur l’estran rocheux battu par les vagues, Laurent Londeix, enseignant-chercheur en paléoclimatologie à l’université de Bordeaux, scrute les roches du Jurassique supérieur. En quelques mètres, il repère un fragment de coquille spiralée, témoin d’un animal marin aujourd’hui rare et réduit à une taille modeste. À l’époque, il dépassait facilement les 50 cm, contre 15 à 25 cm aujourd’hui.
« Il y en a dans le coin, c’est sûr. Mais avec les vagues qui déplacent le sable, qui roulent les pierres et la végétation qui s’accroche… », glisse-t-il en cherchant un fossile incrusté dans le calcaire.
Une espèce décrite dès le XIXe siècle
La première description scientifique de ce mollusque remonte à Alcide d’Orbigny, naturaliste installé un temps à La Rochelle. Il nomme l’espèce Nautilus giganteus d’Orbigny, en lien direct avec les découvertes faites précisément à Loix.
« Il convient de ne pas préciser l’endroit pour le protéger des convoitises », explique le chercheur.
Le site reste donc confidentiel, pour éviter toute dégradation.
Des cercles de pierre venus des récifs coralliens
À quelques mètres, des structures circulaires de plusieurs dizaines de mètres intriguent. « On ne les appréhende réellement qu’en prenant de l’altitude », souligne-t-il. Une photo satellite et des observations de terrain confirment leur origine corallienne, non humaine, et leur richesse en fossiles : récifs, oursins, lys de mer.
En 2020, il rédige une fiche pour CAP Terre géologie et paysages, afin de décrire ces bancs calcaires étonnants, plus discrets que les célèbres récifs fossiles d’Angoulins, mais tout aussi fascinants.
« Les formes arrondies dans la roche qui peuvent trahir la présence de nautiles géants ont, a priori, des millénaires de tranquillité devant elles », observe-t-il.

La Charente-Maritime abrite plusieurs trésors géologiques, souvent passés sous silence. Celui de Loix rappelle que la nature conserve, parfois à peine voilés, les empreintes géantes de créatures disparues. Il ne tient qu’à nous de les observer… avec respect.
En route vers un classement national
Laurent Londeix ne se contente pas d’observer. Il agit. Dès 2023, il propose l’inscription du site à l’inventaire régional du patrimoine géologique de Nouvelle-Aquitaine. Un avis favorable est rendu au printemps dernier. Prochaine étape : la validation par le Muséum national d’histoire naturelle.
« C’est déjà une reconnaissance », admet Londeix, en attendant une décision nationale.